L’écriture : comprendre pour se libérer
Né le 10 juillet 1962 à Boulogne-Billancourt, Christophe Boltanski est un auteur et journaliste français, connu pour des romans tel que Le Trait de côte, King Kasaï ou encore La Cache pour lequel il obtient le prix Femina 2015.
Il commence comme reporter pour le quotidien Libération avant de s’essayer à l’écriture. Selon lui, le travail d’un journaliste est d’apporter des réponses tandis que celui d’écrivain est de poser des questions. Et dans le cas de Boltanski, ces questions ne sont pas dues au hasard.
« Les écrivains ont tous une petite faille, une obsession qui se retrouve dans leur écrits » affirme-t-il.
Dans son cas, cette petite faille est sa famille, qu’il qualifie lui-même de « particulière ». Grâce à son roman La Cache, il pose les mots sur son enfance et, plus qu’une histoire familiale, il décrit l’histoire d’un enfermement. Cloisonnés entre quatre murs, sa famille et lui vivent reclus dans leur appartement en enfilade. Ils ne sortent que pour de rares occasions et lorsqu’elles se présentent, ils ne se séparent pas et se déplacent en groupe.
Ainsi dans La Cache, il décortique la vie qu’il a mené pour tenter de la comprendre en la présentant suivant un plan topographique précis, considérant que chaque chapitre représente une nouvelle pièce de l’appartement à découvrir. Ce lieu clos dans lequel se déroule le récit devient alors d’une certaine façon sa signature. En centralisant l’action, il dit créer une île, une forme de monde dans lequel on peut découvrir toujours de nouveaux détails, en les précisant, en affinant les recherches. Il explique qu’une maison s’apparente à un musée, un musée de nous-même regorgeant de souvenirs, de photographies, de trace de l’histoire.
« Ces lieux nous ressemblent », exprime-t-il alors.
Son enquête à propos de sa famille n’est pourtant pas terminée et c’est alors qu’il écrit Trait de côte. Avec l’écriture de ce nouveau roman, il explore une nouvelle partie de son arbre généalogique dans cette maison pleine de non-dits, de secrets et de mystère. Cette maison qu’il décrit comme… Hantée.
Au cours de ses recherches, il découvre la triste histoire de sa grand-mère et le traumatisme qui l’a bâillonnée toutes ces années. Lorsqu’elle était jeune, elle a perdu toute sa famille de la tuberculose, une maladie considérée autrefois comme honteuse en raison de sa prétendue « hérédité », qui s’est par ailleurs révélée fausse plus tard. Boltanski explique qu’il s’agissait de « mal-mort », des personnes parties trop vite et trop brutalement, « vivant » si j’ose dire, sous la forme de fantôme dont on pourrait encore entendre les voix dans la maison.
Ainsi, en comprenant davantage sa famille, il partage l’histoire que sa grand-mère avant lui a été incapable de prononcer. Il explique aimer écrire la vie de proches disparus qui n’ont pas laissé de trace pour les faire revenir mais précise prendre soin à laisser des espaces vides afin de préserver leur mémoire.
Toujours dans l’optique de comprendre le monde, il écrit King Kasaï dans le cadre d’une expérience intitulée « ma nuit au musée », permettant à des écrivains de passer une nuit complète dans le musée de leur choix. L’Africa Museum a été celui de Christophe Boltanski.
Datant de 1910 et se trouvant dans la banlieue de Bruxelles, le musée est hanté par son histoire. Retraçant la conquête du Congo par la Belgique, il regroupe environ 10 millions d’animaux empaillés ainsi que les traces d’un véritable empire colonial. Selon l’écrivain, un musée est censé représenter le monde mais celui-ci ne représente que la vision biaisée et erronée de l’Afrique par les européens ainsi grâce au roman, il précise cette nuance et évite une forme d’appropriation culturelle.
Pour finir, Christophe Boltanski l’exprime plusieurs fois, l’écriture fait partie du processus de guérison. Mettre des mots sur son vécu lui a permis de comprendre son enfance et son histoire. Il écrit pour lui, pour ses proches et pour quiconque décidera d’ouvrir l’un de ses romans. Et puis comme il l’avoue à contre-cœur, un peu parfois pour l’éditeur.
« Ecrire, c’est regarder les choses avec des yeux d’enfant,
comme pour la première fois » Christophe Boltanski
Article écrit par Anna B., élève de 1ère B
